MARL Arbitrage International CIRDI · ICSID Investissement

L'arbitrage CIRDI au cœur du dossier Emmerson Plc – Maroc

Royaume-Uni
c.
Royaume du Maroc
ICSID Case No. ARB/25/22

Le contentieux opposant la société britannique Emmerson Plc au Royaume du Maroc illustre avec acuité le rôle structurant de l'arbitrage international dans les litiges entre investisseurs étrangers et États. Portée devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI/ICSID), l'affaire concerne le projet de mine de potasse de Khémisset, aujourd'hui à l'arrêt.

Fiche de l'affaire
Référence CIRDI ICSID Case No. ARB/25/22
Parties Khemisset UK Ltd & Potasse de Khemisset S.A. c. Royaume du Maroc
Fondement juridique TBI Royaume-Uni – Maroc (1999)
Règles applicables Convention CIRDI & Règlement d'arbitrage CIRDI
Constitution du tribunal 7 octobre 2025
Statut Procédure pendante — phase contradictoire

Origine du différend

À l'origine du différend, le rejet en 2023 par les autorités marocaines de l'étude d'impact environnemental du projet, principalement en raison des préoccupations liées à la consommation d'eau dans un contexte de stress hydrique sévère. Malgré des ajustements techniques proposés par l'entreprise pour réduire ces besoins, le refus a été maintenu, conduisant à un blocage durable du projet.

Dans ce contexte, Emmerson a engagé une procédure d'arbitrage international sur le fondement du Traité bilatéral d'investissement entre le Royaume-Uni et le Maroc de 1999. La société conteste notamment ce blocage en invoquant :

Composition du tribunal arbitral

Le tribunal arbitral a été constitué le 7 octobre 2025, réunissant trois arbitres d'envergure internationale :

Président
Laurent Lévy
Désigné d'un commun accord
Arbitre — Demanderesses
Stanimir Alexandrov
Désigné par Emmerson Plc & Potasse de Khemisset
Arbitre — Défendeur
Zachary Douglas
Nommé par le Royaume du Maroc

Chronologie procédurale

2023
2023
Rejet de l'étude d'impact environnemental
Les autorités marocaines rejettent l'EIE du projet de mine de potasse de Khémisset, invoquant les risques liés à la consommation d'eau dans un contexte de stress hydrique.
2025
2025 — Introduction de l'instance
Saisine du CIRDI — Enregistrement ARB/25/22
Emmerson Plc et Potasse de Khemisset S.A. saisissent le CIRDI sur le fondement du TBI UK–Maroc de 1999.
7 oct.
7 octobre 2025
Constitution du tribunal arbitral
Tribunal constitué sous la présidence de Laurent Lévy, avec Stanimir Alexandrov (demanderesses) et Zachary Douglas (Maroc).
27 mar.
27 mars 2026
Dépôt du mémoire au fond par les demanderesses
Emmerson dépose son mémoire principal devant le CIRDI, révisant ses prétentions financières de 2,2 milliards à 1,215 milliard de dollars.
À venir
Réponse du Royaume du Maroc
Le Maroc dispose d'un délai pour déposer son mémoire en défense. La procédure reste pendante à ce jour.

Les prétentions financières en évolution

Le dossier a franchi une étape majeure avec le dépôt du mémoire au fond, dans lequel Emmerson révise sensiblement à la baisse ses prétentions financières. Cette révision traduit l'affinement de l'expertise économique et les contraintes méthodologiques propres à l'arbitrage d'investissement.

Prétentions financières d'Emmerson Plc (en milliards USD)
Demande initiale
~ 2,2 Mrd $
Mémoire au fond (mars 2026)
1,215 Mrd $
Évaluation basée sur la méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF). Révision à la baisse de 44,8 % entre la demande initiale et le mémoire au fond.

Ce document constitue la pièce centrale de l'argumentation juridique et économique des demanderesses, appuyée par des expertises financières basées notamment sur la méthode des flux de trésorerie actualisés (DCF).

Point procédural clé : La procédure est désormais entrée dans une phase contradictoire structurée. Le tribunal arbitral, constitué dans le cadre du CIRDI, encadre un calendrier procédural strict, permettant au Royaume du Maroc de présenter sa réponse après le dépôt du mémoire des demanderesses.

Les tensions au cœur du litige

Ce litige met en lumière les tensions inhérentes à l'arbitrage d'investissement, à la croisée de deux impératifs fondamentaux :

Souveraineté de l'État

Régulation environnementale

Le droit des États à mettre en œuvre des politiques environnementales strictes — notamment en matière de gestion de l'eau en contexte de stress hydrique — sans que ces décisions souveraines ne soient assimilées à une expropriation indirecte.

Protection des investisseurs

Sécurité juridique internationale

La protection juridique des investisseurs étrangers au titre des traités bilatéraux d'investissement, incluant le standard de traitement juste et équitable et la garantie contre les expropriations directes et indirectes.

Enjeux et précédents

Dans un contexte où le Maroc cherche à consolider son attractivité économique tout en renforçant ses exigences environnementales, l'issue de cette procédure pourrait constituer un précédent important en matière d'équilibre entre régulation publique et sécurité juridique des investissements internationaux.

L'affaire soulève également des questions de méthode pour les praticiens de l'arbitrage d'investissement : la qualification d'une décision de refus d'autorisation environnementale en expropriation indirecte reste un terrain contentieux majeur dans la jurisprudence arbitrale internationale. La sentence à venir contribuera à préciser les contours de cette qualification dans un contexte africain et maghrébin encore peu documenté par la jurisprudence CIRDI.

L'affaire Emmerson c. Maroc s'inscrit dans une tendance globale : les litiges entre États et investisseurs liés à des décisions de régulation environnementale sont en forte croissance devant le CIRDI. Les États doivent désormais concilier leurs engagements en matière de transition écologique avec leurs obligations conventionnelles vis-à-vis des investisseurs étrangers.

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